En venir au portage…

Ma première expérience de la maternité a été plutôt rude. Une petite fille née un mois avant terme, « ce n’est pas grave madame, elle va bien ». Elle va bien… Elle pleure tout le temps, c’est normal? Mais oui, mais oui, un bébé ça pleure. Et puis vous savez, les nouvelles mamans… Elles transmettent beaucoup leurs angoisses à leur bébé (clin d’oeil entendu).

Mais ce bébé, que je n’ose même pas appeler « ma fille », elle pleure vraiment tout le temps. Elle passe sa vie au sein, se tord de douleur, tète, se tord de douleur. J’appelle la Leche League, j’évite les produits laitiers… Rien ne change. J’exclus de mon alimentation tous les aliments sensibles, toujours sans effet. On me rassure « vous savez les coliques ça dure trois mois au pire ».

Non non, ces coliques-là ont duré huit mois. Huit mois à désespérer d’avoir mis ce pauvre bébé au monde tant elle souffre. Huit mois sans sortir de chez moi sauf pour pour trainer interminablement la poussette avec un bébé qui hurle dedans un bon quart d’heure avant de s’endormir à peine 40 minutes. Huit mois déprimants à ne pas me sentir une bonne mère.

Ce bébé même après les huit mois semble tellement différent des autres. Elle dort très peu, jour et nuit. Elle semble constamment en alerte et veut voir le monde depuis mes bras. Elle observe tout avec une intensité incroyable. Et elle se met à parler à huit mois justement. Elle est rapidement capable de poser des questions sur tout, et à trois ans a des questions existentielles auxquelles on ne sait pas répondre. Ce bébé-là, en un mot, est un enfant à haut potentiel.

 

rattraper le temps perdu

rattraper le temps perdu

Lors de ma deuxième grossesse je ne veux pas revivre cet épuisement, cette sensation d’impuissance totale. Je me renseigne, je commence à voir des images de bébés portés en écharpe. Mais non ce n’est pas pour moi, ça. Je me souviens avoir vu un nouveau-né tout écroulé dans son écharpe à une réunion de la Leche League, ce n’est pas sécurisant, ça ne maintient rien.

Pourtant, les témoignages sur les sites de maternage semblent tous dire le contraire. L’idée fait son chemin. Ils semblent si paisibles, si heureux, si détendus… non seulement les bébés portés, mais les parents! J’approfondis mes recherches. J’achète une écharpe à 20 euros sur un site d’enchères, après tout 80 euros pour un bout de tissu, ils délirent les fabricants! Je ne sais pas que je changerai vite d’avis…

A la naissance de mon fils, je n’ose pas me lancer. Au retour à la maison, c’est mon mari qui tente le coup un soir de pleurs. On part prendre l’air, et notre fils (tiens, le mot vient si vite cette fois, « notre fils, notre bébé ») s’endort en un clin d’oeil. Trois heures plus tard il se réveille, tout détendu. Je me lance le lendemain et c’est le coup de foudre. Pour l’écharpe et pour mon bébé!! Il est si incroyablement léger, et il est là, sur mon coeur, doux et chaud, blotti, paisible, il cesse si vite de pleurer et on se sent si bien tous les deux.

 

temps papa-bébé

temps papa-bébé

Ce bébé-là aussi est un bébé à coliques. Puis un bébé à otites, 28 en 18 mois! Et pourtant rien ne se passe vraiment mal. Dès qu’il souffre on l’installe contre nous, dans l’écharpe, il s’apaise, il s’endort. Et puis il reste de plus en plus longtemps éveillé, lui aussi veut voir le monde d’en haut. Sauf que je ne lui en veux pas comme j’en voulais à sa grande soeur, parce que mon dos, mes bras, mes épaules ne me font pas souffrir du tout. Au contraire, j’apprécie autant que lui ces longues promenades qu’on fait ensemble, je me sens légère, active, sociable, on va voir du monde, il papote avec les passants…

Son papa en profite, intensément, lui aussi. Il rentre du travail à 18h30, met l’écharpe, embarque le bonhomme, et c’est parti pour une heure ou deux exclusivement papa-bébé. Au vu de leur sourire au retour de la promenade, ils y trouvent leur compte tous les deux.

Ce bébé-là aussi parle tôt, encore plus tôt que sa soeur. Lui aussi est un bébé aux besoins intenses. Mais aux besoins satisfaits. Et qui rapidement demande de moins en moins d’attention, de portage. Il prend son envol. Il s’occupe des heures. Il va joyeux jouer chez des amis, se passe très bien de moi.

Nous déménageons à Paris. L’écharpe est remplacée par un porte-bébé physiologique qui me permet de répondre à sa demande de monter-descendre-monter-descendre. Tellement pratique dans le métro, le tramway, le bus, le RER. Il marche de plus en plus longtemps, et le sevrage de portage se fait tout seul. Je ne l’ai pas rendu autonome… Il a pris son autonomie tout seul.

 

un bébé rassuré avant une opération

un bébé rassuré avant une opération

Marianne

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